r La grazia
Paolo Sorrentino, Italy, 2025o
President Mariano De Santis' term is coming to an end. Disparagingly nicknamed 'Cemento armato' (reinforced concrete) for his intractable nature and overly careful approach to politics, he has grown lonely in the echoing halls of the presidential palace, mourning the loss of his wife and listening to hip-hop. Before returning to civilian life, De Santis must make a series of bold decisions – a pair of presidential pardons and a groundbreaking policy bill – that will cement his legacy.
Après avoir joué Giulio Andreotti, sept fois président du conseil, dans Il divo et le non moins indéboulonnable Silvio Berlusconi dans Loro, Toni Servillo se voit à nouveau offrir un rôle d’homme politique – un Président de la République italienne fictif, cette fois – par Paolo Sorrentino. Le réalisateur s’intéresse au pouvoir en tant que mise en scène, sujet de cinéma par excellence. Aussi ces films sont-ils composés d’antichambres obscures, de salons mondains, de fêtes somptueuses, le tout formant un univers pompeux et vain. Dans La grazia, la vacuité s’affiche à ciel ouvert. Car la vie du Président Mariano De Santis tire vers l’épure: l’homme d’État passe les ultimes mois de son mandat entre les murs de ses bureaux, repoussant toujours au lendemain les dernières décisions qu’il doit prendre avant sa retraite – promulguer ou non une loi sur l’euthanasie et examiner deux demandes de grâce. Soumise au protocole imposé par sa fonction et agrémentée de quelques rituels personnels – au nombre desquels on compte une pause cigarette quotidienne sur le toit du palais du Quirinal –, son existence confine au non-événement. Le film se vautre dans ce vide dilaté à l’extrême, qui culmine dans une des plus belles scènes tournées par Sorrentino: reçu à Rome, l’homologue portugais de De Santis se prend les pieds dans le tapis rouge déroulé pour l’accueillir. Sa chute, filmée au ralenti sur fond de musique électronique, flirte avec le pur exercice de style, marque de l’incontestable maestria d’un cinéaste qui ne se lassera jamais de prouver qu’il est le roi des esthètes. Témoin de l’accident, le Président italien réalise que lui aussi vieillit, que ses jours sont comptés. Si le juriste de formation se coltine dès lors sérieusement avec les questions morales qu’il doit élucider, le film se passe ailleurs. Dans les poses figées, les silences plombants, les mêmes petites phrases répétées. Dans les jours qui se suivent, le passé qui ne revient pas, l’attente de la fin. Memento mori.
Emilien Gür
